Emmanuelle Gilbert, scénariste montréalaise de 34 ans, a mis au monde son premier enfant tout juste avant que le Québec ne soit bouleversé par la pandémie liée au coronavirus responsable de la COVID-19. Elle nous livre son témoignage.

 

J’ai accouché de mon premier enfant le 4 mars 2020, soit environ une semaine avant le Grand Confinement lié à la crise sanitaire. Pendant cette période, j’ai été témoin et impuissante, comme tout le monde, devant les pertes d’emplois et les décès. Devant le stress généralisé de ne pas savoir quand tout cela allait se terminer. Devant l’anxiété de rater son pain.

Beaucoup diront probablement que le timing était mal choisi pour accoucher, mais au contraire, c’est remplie de reconnaissance envers la vie que je vous confirme qu’une pandémie mondiale et la fermeture de l’économie, ça te permet de profiter pleinement de la bulle d’amour des premières semaines.

J’avais peur de me sentir isolée pendant les premières semaines post-partum, moi qui a généralement une vie sociale bien active. De n’avoir eu aucune distraction à ce moment-là — pas de visite, pas de brunch entre amis, pas de cours de remise en forme — a fait en sorte que j’ai eu le luxe d’avoir du temps précieux avec mon bébé et mon chum (qui est encore en congé de paternité forcé 6 mois plus tard… merci coronavirus !), et d’apprivoiser à mon rythme cette nouvelle étape de ma vie, comme très peu de parents peuvent le faire. Ces moments sont si précieux quand il faut se remettre d’un accouchement long et pénible tout en bâtissant une nouvelle dynamique familiale qui sera dorénavant la nôtre. Le retour à la vie d’avant, qui en temps normal aurait été le but ultime après mon accouchement, devait attendre. C’était impossible de retrouver ma vie normale, car le monde entier avait changé, anyway. S’en suivit un beau lâcher-prise qui m’a fait un grand bien.

Même si je parle déjà des premières semaines post-partum en confinement avec nostalgie, il s’agissait quand même d’une pandémie mondiale historique et je suis très consciente que le fait que j’ai réussi à y trouver du positif relève du miracle. Ma situation était rare.

Évidemment, rien n’est parfait. J’ai eu de multiples questions et inquiétudes souvent niaiseuses, comme c’est la coutume avec un premier bébé. Ça tombait mal que les services offerts aux nouveaux parents furent grandement diminués pendant le confinement. Plus possible de voir aucun spécialiste de la santé ! C’est bien beau les appels téléphoniques avec les infirmières et les médecins, mais ils ne peuvent pas peser ton bébé pour t’assurer qu’il mange assez. Ils ne peuvent pas juger s’il est « couleur-normale » ou « doré-jaunisse ». Ils peuvent, au minimum, s’assurer que tu gardes le moral et que tu n’es pas à risque de le secouer. Sur 100, c’est un genre de 60, niveau services offerts. Et que dire des appels téléphoniques avec l’ostéopathe qui te coache à distance pour aider ton nouveau-né à ne pas s’étouffer avec ses sécrétions ? Sans oublier la physiothérapeute qui devait aider mon plancher pelvien et mon sphincter à retrouver bonne mine, mais que je n’ai finalement jamais rencontrée. Encore aujourd’hui, si je ris et que je lâche une p’tite flatulence, je blâme le coronavirus. Mon sphincter n’a pas été réhabilité, qu’est-ce que tu veux que je te dise ?

Oui, j’ai été chanceuse à plusieurs niveaux. Chanceuse de vivre mes premières semaines de maman dans une bulle fermée, sans pression extérieure. Chanceuse d’avoir une famille et des amis qui n’ont pas hésité à m’envoyer de l’aide sous différentes formes par Postes Canada ou à la déposer au pied de notre escalier d’entrée. Et surtout, chanceuse d’avoir un bébé en santé qui n’a pas eu de complications. Parce qu’un bébé malade pendant le Grand Confinement, ça aurait été comme la traversée du désert suivie de la maison de fous d’Astérix !

 

Crédit photos: Alex Lagueste, doula photographe